mardi 24 janvier 2017

mardi 17 janvier 2017

Comme horizon, l’éternité…





Comme horizon, l’éternité…






Entretenir en soi, comme merveilles,
toutes les couleurs, harmonie du monde,
la lueur d’or des couchers de soleil,
des nuages cendrés le cri dans l’onde,
la clarté au bout de la nuit profonde.
Hors les chaînes, croire en la liberté,
infinité de voies à explorer.




Dans le silence lumineux du monde,
du bruit n’être plus le diapason.
Accueillir les résonances profondes,
scruter les abîmes de déraison.
Les lointains ne sont pas seul horizon.
Voyage secret, creuser son sillon,
de chenille devenir papillon.




Lorsque le présent ne s’imprime plus,
qu’en lambeaux, le passé se désagrège ;
aux éclats de souvenirs dévolue,
la mémoire, voilée de sombre neige,
joue ses derniers tours comme sortilèges.
Inattendue, s’offre une aube nouvelle :
inespérés dialogues de dentelle.




Par l’ultime faux-pas, vie chavirée.
Otage de ton corps lâché aux chiens,
ton esprit s’est peu à peu égaré.
Perdue malgré la compagnie des tiens,
en l’espace de quelques jours de rien,
chemin de souffrance enfin achevé.
En l’éternité, calme retrouvé.



Photographies : Françoise Gérard
Septains : Marie-Noëlle Bertrand


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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Le vent qui souffle », le blog de Françoise Gérard, dans le cadre des Vases Communicants de décembre 2016. Ces quatre septains ont été écrits sur des photos choisies sur son site https://grandvent.wordpress.com/. Je la remercie de nouveau pour cet échange photographique et poétique.


 


mardi 10 janvier 2017

Chemin de mémoire



Sauter à pieds joints dans les graviers pour le plaisir d’esquiver l’escalier à une seule marche, comme pour le narguer. Respirer l’odeur du seringa qui sépare notre cour de celle des voisins ; quelques pas vers la cabane dite de devant car juste en face de la porte de derrière. Dans celle-là, trois armoires contenant conserves et confitures, ustensiles de cuisine et linge de maison peu souvent utilisés et nos vélos. Deux autres attenantes : une pour entreposer les boulets de charbon employés pour le poêle et la chaudière et celle du fond, plus un débarras.
Ouvrir la porte et sortir le mini-vélo jaune. Longer le garage en bois jusqu’à la petite place où mon père gare la voiture avant de la rentrer. Faire un arrêt près du compartiment où est stockée la boue pour le chauffage ; presque au bord du trottoir, avant de s’élancer, regarder à droite et à gauche bien que les automobilistes, tous parents d’enfants du quartier, soient très attentifs.
Descendre la rue Jacquard avec un regard pour chaque couple de maisons jumelles dont je connais tous les locataires ; ici un bonjour à une copine là un signe à une vieille dame. A la moitié de la rue, un puits identique à tous ceux qui émaillent la cité afin de donner aux mineurs l’accès à l’eau potable mais ne servant plus qu’à l’arrosage des jardins.
Arrivée en bas de la rue, engager le virage avec prudence et détermination. Faire bien attention à toutes les rues qui viennent de la droite car dans la cité pas de stop, c’est le règne de la priorité à droite.
Parvenue à la fronde que forme l’embranchement de la rue Buffon et du boulevard de Verdun, continuer presque tout droit sur celui-ci. Une dernière priorité à droite avant de virer à gauche sur la route de la ferme. De chaque côté, les prés, celui des vaches à senestre et celui des cochons à dextre, les regarder en évitant de se retrouver dans le fossé aux orties pas très accueillant pour les fesses.
Dans la cour, faire attention au Black, brave chien de berger, qui se précipite inévitablement pour manifester sa joie malgré tous les embêtements subis dans notre enfance. Jeter le vélo contre le grillage qui clôture la petite cour autour de l’appentis vert où mes grands-parents et ma tante vendent les produits de la ferme aux habitants de la cité ; c’est matin et soir le lait fraîchement tiré, tout au long de la journée les fromages de chèvres et les œufs et aussi, plutôt en fin de semaine, les volailles et les lapins vivants ou tués, prêts à cuisiner.
Jeter un coup d’œil dans la volière entourée de roses et de dahlias où roucoulent les tourterelles. Se précipiter dans la bassie pour déguster les douceurs préparées par ma grand-mère et les cheuneries à choisir dans la magasinette, le tiroir de l’armoire de la chambre du fond -inoccupée- où la verveine cueillie au jardin sèche sur le lit répandant son parfum si caractéristique. A l’adolescence, le même chemin avec le vélo bleu et la rejoindre dans la salle à manger pour l’initiation aux travaux d’aiguilles, à ces ouvrages qu’on dit de dames.

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Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'hiver 2016-2017 : « du lieu, 2 | le mouvement, mais sans verbe » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.





vendredi 6 janvier 2017

Vases Communicants du 6 janvier 2017 : Invitée : Danielle Masson



Catherine Vigier - Prendre soin - Technique mixte



Dialogue entre Valentine et l’auteure de ces lignes.

  • Je te reconnais bien là…
  • Tu pourrais me parler autrement Valentine.
  • Tu te plains de ne plus écrire pour les vases et là, tu manques complément d’à propos
  • Comment cela ?
  • Gentiment, on te demande si tu veux partager un vase…
  • Oui, j’accepte. J’en suis vraiment ravie. Six mois sans échange c’est trop long. Donc…
  • Donc, donc, la première des choses à faire était de demander de qui était le tableau
  • Qu’importe l’artiste, il m’a satisfait l’œil dès que je l’ai vu.
  • Oui mais quand même, tu aurais pu demander qui l’avait peint, à quelle époque ?
  • Moi, c’est l’œuvre que j’admire. Le reste viendra après
  • Non. Cela ne se fait pas. C’est peut-être celle qui t’a proposé ce partage qui l’a peint
  • Alors, je la félicite tout de suite car…
  • Et si ce n’est pas elle mais son grand-père ou son grand-oncle ou son facteur
  • N’importe quoi ! pourquoi pas son boucher aussi ou son poissonnier. Ou sa fille. Cela pourrait bien être un tableau peint par sa…
  • Tu divagues, tu élucubres comme d’habitude. Non, vraiment tu me déçois. Ne rien savoir de l’artiste. Tu as remarqué cet orangé, ces sept personnages autour du personnage central. Cette femme qui porte le monde…
  • T’as vu le chat ?
  • Quel chat ?
  • Tu vois… tu n’observes pas suffisamment
  • Où ça le chat ?
  • En bas à droite.
  • Le chat ? tu remarques le chat et tu ne vois pas la lumière qui se dégage de cette œuvre, tu ne cherches pas à en connaitre la genèse. Non, Madame, ne voit que le chat.
  • Oui, je vois le chat car il ressemble à Tortue, tu sais, la chatonne qui vient juste de fêter ses sept mois et qui adore s’installer au soleil près de toi.
  • Tu me chagrine. Je veux te parler d’art avec un grand A et toi tu me parles de Tortue, qui me grimpe dessus, m’ébouriffe, me plante ses griffes ou ses dents dans le bras…
  • Silence ! admire la finesse du trait. Admire ce tableau ! Savoure !

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François Bon a été à l’origine de ces échanges le premier vendredi de chaque mois, que j’ai découverts alors qu’ils étaient coordonnés par Brigitte Célérier ; Angèle Casanova a pris le relais à partir de novembre 2014. Je remplace Angèle depuis un peu plus d’un an.


J’ai donc le très grand plaisir de recevoir, pour la seconde fois, Danielle Masson à l'occasion de ces premiers Vases Communicants de l'année 2017 et de publier son texte sur La dilettante. Nous avons choisi d’écrire chacune à partir d’un tableau de Catherine Vigier.
Je la remercie d'accueillir mon texte « Dans la lumière vacillante de l’espoir » sur son blog « Jetons l'encre à Saint Maximin la Sainte Baume... »





mardi 27 décembre 2016

Loup y es tu ?


ceux qui se souviennent sont de moins en moins nombreux ; certains ont pris soin d’en effacer les traces ; dessous c’est comme un gruyère les galeries n’ont été ni comblées ni réétayées lorsque le bois s’est délité ; l’homme imprévoyant accuse les risques géologiques pour détruire ; ici ou là une chapelle ; ailleurs la totalité d’une cité ; s’effacent ainsi des pans entiers de vie ; s’estompent alors la mémoire des lieux de l’enfance ;

le Bois du Leu ça commençait à l’étang et ça se terminait à Chez l’Ecuyer ; lorsque j’y reviens dans les années 90 pour montrer MON école à la petite sœur d’un ami elle a été détruite ; le Bois du Leu a carrément été rayé de la carte ; il ne reste que l’école de musique et l’étang sis en ce qui fut le haut du quartier moins touché par les effondrements ; plus rien de l’école où je me suis rendue chaque jour jusqu’aux vacances de Pâques de l’année 72 ; plus rien des énormes platanes aux couleurs changeantes qui ornaient la cour et marquaient le passage des saisons ; plus rien des deux bâtiments dont l’un accueillait les élèves de maternelle et de CP l’autre les classes des grands ; plus rien de la longue algue brune accrochée à l’armoire au fond de ma classe de CP ; plus rien du préau sous lequel j’ai sauté de cerceau en cerceau ; plus rien du trottoir où j’ai demandé à un ami de mon père s’il pouvait nous reconduire à la maison un jour où la personne qui devait le faire n’était pas venue ;

quelques arbres frêles plantés par l’ONF pour stabiliser les sols ; aujourd’hui peut-être redevenu un bois ; prom’nons-nous dans les bois pendant que le loup n’y est pas si le loup y était il nous mangerait; loup y es-tu ; es-tu revenu au Bois du Leu ; loup entends-tu que fais-tu ?


Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'hiver 2016-2017 : « du lieu, 1 | lieu point-virgule lieu » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.




mardi 13 décembre 2016

Flamboyance des ténèbres




© Françoise Manier - Feux follets – Acrylique


Feux follets, flamboyance des ténèbres,
éclos au cœur des cendres de la nuit,
vous jaillissez vivants du nid funèbre,
de vos ailes ardentes éclairant le puits.
Dans l’air palpitant de l’aube première,
s’élance le phénix, pleine lumière,
fougueuse danse d’éclats jaunes et bruns.
Dans l’infini du ciel, comme une morsure,
majestueuse et fière éclaboussure
d’or et de sang, libre dans les embruns.




mardi 6 décembre 2016

Est-ce que l’on sait où l’on va ?


« Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? »
Denis Diderot (Jacques le fataliste et son maître)



Ils se sont retrouvés là il y a trente ans, lors d’une fête au village. Ils étaient revenus au pays chercher un endroit où se re-poser au plus près de leurs racines. Ces deux-là s’étaient rencontrés à l’école maternelle ; cela n’avait peut-être pas été le premier amour mais ils s’étaient aimés à l’âge du lycée, à cette époque où les voies paraissaient toute tracées. Le temps a passé, les adolescents ont pris de l’âge. Une longue parenthèse pendant laquelle chacun a mis ses rêves à l’épreuve, parfois rude l’épreuve.

Ça n’a plus d’importance, il n’est plus question de savoir ce que la vie aurait pu être si elle avait été différente, juste de construire les années à venir. Comme une révélation, ils prennent tous deux conscience qu’ils sont de retour au bon endroit. Ils s’engagent, cœurs et âmes à l’unisson, à faire en commun le chemin qui leur reste sur cette terre à laquelle ils appartiennent depuis des générations. En ce temps-là, leurs retrouvailles et leur collocation, pratique devenue monnaie courante aujourd’hui, intriguent les villageois mais ils continueront la vie l’un près de l’autre, amis.


Ce dernier jour d’automne, ils se préparent à tenir la promesse faite trente ans auparavant, lors de la traditionnelle la pendaison de crémaillère, après que les invités soient partis. Entre deux averses, ils apportent des chaises dans le verger, derrière la maison. Le chemin parcouru dans l’année a été semé d’épreuves. Du chemin, ils en voient le bout. Cet après-midi, l’arc-en-ciel vient parfaire l’alliance du ciel et de la terre, du passé et du présent. Plutôt que d’être à nouveau séparés, ils ont décidé d’en finir ensemble. Le vent tombe, la lumière s'éteint. Jusqu'à demain, ils sont tous les deux, une dernière fois, pour toujours.


Photographie : Hélène Verdier
Texte : Marie-Noëlle Bertrand


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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Simultanées », le blog d’Hélène Verdier, dans le cadre des Vases Communicants de novembre 2016.