lundi 25 septembre 2017

vendredi 15 septembre 2017

Accent(s) : Ronde de septembre avec Dominique Autrou




Aujourd'hui, la ronde, s’enroule et se déroule sur le thème « Accent(s) ».
Le principe, aussi simple que la danse enfantine : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite.
Pour ma première participation, j'ai le plaisir de recevoir Dominique Autrou, qui m’a invitée à rejoindre cette Ronde de septembre. Il est l’auteur du blog « La distance au personnage ».
Quant à Marie-Christine Grimard, elle accueille mon texte sur le sien : « Promenades en Ailleurs ».
Merci à tous les deux, à tous ceux qui font la ronde et à leurs lecteurs.

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Une attitude, un geste, le regard brusquement noyé d’un éclat de rire
Une langue dans laquelle je suis né, son accent immémorial
musical, l’accent tonique au rebond élastique

Une géographie linguistique, vraie langue autrefois
désormais folklorique, esthétisante ou revendicative
Pas morte, survivante
impuissante

Je n’ai pas souvenance de sa voix en particulier
de son accent, seulement
Plus précisément la hauteur des voyelles nasales
la cuisine en résonnait

Sur la toile cirée, une cafetière
Ouest-France, ouvert aux pages du feuilleton
des chroniques, du fait-divers et du carnet
Un verre de vin, les mots de la nuit
souvent prémonitoires

J’ai entendu, depuis
bien d’autres voix, d’autres accents
touché bien d’autres corps, d’autres cordes

En écoutant Palestrina, l’autre soir
j’ai retrouvé le son de sa voix
vierge, rembobiné
dans la bouche même d’un cornet à bouquin

(il est vrai qu’elle lisait beaucoup
à voix haute, à voix donnée)
Oh ! ce moment

Un trouble m’envahit
Essayai-je, indéfiniment
d’étreindre la même voix
ou de posséder, insensé
un accent définitivement tu ?

La sensation s’évapore
Pardon ! mes tendres aimées

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En ce 15 septembre de l’an de grâce 2017, entrent dans la ronde des « Accent(s)...

Dominique Hasselmann chez Élise : Même si
Élise chez Hélène Verdier : simultanées
Hélène chez Noël Bernard : talipo
Noël chez Dominique Autrou : ldap
Dominique A. chez Marie-Noëlle Bertrand : Éclectique et dilettante
Marie-Noëlle chez Marie-Christine Grimard : Promenades en Ailleurs
Marie-Christine chez Franck : à l'envi
Franck chez Jacques : jfrisch
Jacques chez Giovanni Merloni : le portrait inconscient
Giovanni chez Dominique H. : Métronomiques
etc.





dimanche 10 septembre 2017

mardi 29 août 2017

Ah, vous aussi vous connaissez La Saucisse...





Ah, vous aussi vous connaissez La Saucisse... l’connaître, c'est un bien grand mot, depuis pas loin de trente ans qu'il descend et remonte chaque jour le chemin qui descend aux prés d’la rivière, j'ai à peine entendu le son d’sa voix... juste un bonjour de temps à autre et puis ses cris qui m'ont alerté le jour où il a été coursé par la vache grise... c'est moi qui l'ai trouvé mort dans l'fossé dans l'virage y'a trois jours en emmenant les vaches dans l'pré du bas... moi, je l'ai connu à la Communale, on l'app'lait pas encore La Saucisse... j'sais pas comment ça lui est v'nu "La Saucisse", il était pourtant pas grand... son nom, c'était Henri Descours et d'ailleurs c'est aux Cours qu'il habitait avec sa mère qu'était veuve de guerre... on savait pas d'où ils venaient mais ils s'étaient retrouvés là tous les deux, seuls pour ainsi dire... son instituteur qu'était aussi le directeur d'l'école disait qu'il avait des capacités; il l'a poussé jusqu'au certificat d'études... les études il est allé les continuer dans une  grande ville, laquelle ? j'en sais rien... à une époque j'ai entendu dire qu'il était dev'nu avocat... à c't'époque-là on l'a plus revu ni aux Cours ni dans la région... il est réapparu quand sa mère est morte... on l'a retrouvée pendue dans la remise... c'est là que tout a commencé... commencé, c'est une façon de parler, ça a plutôt été le début de la fin... il est rev'nu pour l'enterrement... il s'est tenu seul sans une larme au bord de la tombe fraîchement recouverte de la lourde terre du cimetière... il est rentré à la maison des Cours et y a mis le feu dans l’soir tombant... on l'a retrouvé hagard dans Chez l’Écuyer... depuis on ne l'a plus entendu prononcer le moindre mot si ce n'est pour acheter son paquet de gris chez la Stefka et parfois y commander une chopine de rouge... le pauv'vieux, on le verra plus su'l'chemin, la clope au bec et la chopine dans la poche... il est parti avec ses secrets...

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Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'été 2016 : « Personnages 4 | avec Nathalie Sarraute et le fameux Bréhier » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.




mardi 15 août 2017

Et si d’une seule phrase on explorait toute la complexité d’un personnage



 


Tours, Jardin Botanique, c'est le 14 juillet, il fait très chaud, de l'autre côté de la route, l'hôpital, le vieil homme est assis sur un banc, en blouse verte, à son poignet un bracelet avec son nom, dans le pli du coude un cathéter, ce matin l'infirmer lui a fait un prélèvement pour un bilan sanguin puis lui a mis des sangles pour la perfusion sinon il l'arrache, ça lui a redonné des forces ; quand ils ont eu le dos tourné, occupés qu'ils sont à courir dans tous les sens en ce jour férié où la pénurie de personnel se fait sentir plus encore qu'en temps dit normal, il pense qu'il fait trop chaud dans la chambre, qu'il est trop seul, qu'il va aller faire un tour pour s'aérer ; toujours des qui se croient utiles, un couple a appelé l'hôpital qui a prévenu la police -oui, il n'en est pas à son coup d'essai, et alors- et une femme, qui se promenait seule, à qui il a rappelé son père qui avait réussi à fuguer de l'EHPAD pour rejoindre la maison où il avait habité pendant plus de quarante ans, a alerté les pompiers ; maintenant, il est entouré de quatre pompiers et de quatre policiers, ils essaient de le persuader de retraverser la route en sens inverse, il ne dit rien mais résiste de tout son poids, il finit par se laisser convaincre, par céder, il se lève difficilement, son corps ne veut pas accomplir ce que son esprit n'a pas accepté, il se laisse pourtant conduire jusqu'à l'entrée où les pompiers l'allongent sur un brancard -tout ce cinéma pour traverser la route, pense-t-il- ni les pompiers ni la police n'ont le temps de le raccompagner à pied ; la prochaine fois qu'il voudra respirer l'air non empuanti des miasmes (in)hospitaliers, voir un morceau de ciel bleu autrement que dans le cadre d'une fenêtre et entendre chanter les oiseaux, il fera comme son vieil ami, il y a un an.

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Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'été 2016 : « Personnages 3 | tout Mauvignier en une seule phrase » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.