mardi 24 octobre 2017

Au fond du puits…


Et si la vérité encore enfançonne
plongeant au fond du puits
pour attendre l'heure du dévoilement
avait été avalée par la Mère Engueule
me laissant pour tout miroir
un cratère d'eau sombre à sonder
dans l'espoir d’une clarté au bout de la nuit.

Mère Engueule
















lundi 16 octobre 2017

Tempeste dans un verre d’eau




Quand Dominique m’a invitée à entrer dans cette ronde sur le thème des accents, je n’ai pensé qu’à celui de ma région d’origine, la Bourgogne, avec son r roulé, la seule de ses caractéristiques encore évoquée aujourd’hui. Puis, dans l’après-midi, une étincelle et le chapeau de la cime tombait dans l'abîme. Fidèle au rendez-vous du hasard objectif, je ne suis pas étonnée que RFI, le soir même, rediffuse « La danse des mots», la très belle émission d’Yvan Amar, consacrée à un entretien avec Michel Feltin-Palas sur le thème : L'accent, un enjeu de pouvoir et qu’ils évoquent ensemble les deux sens de ce mot.


Ce fameux r, la génération de mes grands-parents voir celle de mes parents le roulaient plus ou moins comme au fil des saisons les rivières le faisaient avec les graviers. Ce r roulé était aussi celui des immigrés venus de Pologne, parfois de leurs enfants, qui l’avaient plus ou moins ; j’ignore si cela dépendait de leur région d’origine ou de leur niveau d’assimilation.


Cet accent-là l’ai-je jamais eu, l’ai-je encore ou l’ai-je perdu  ?
Je me souviens d’une douloureuse séance de lecture à haute voix en classe de CM2. Il y était question de chapeau pointu que je persévérais à prononcer \pwɛty\ bien que l’institutrice s’obstinât en vain à me répéter que je ne disais pas \fwɛ\ mais \fwɛ̃\ et à me faire rabâcher la phrase.
Je le retrouve, peut-être moins l’accent que le parler avec ses mots, ses expressions et sa syntaxe dont il est généralement indissociable. Ce vocabulaire imagé et affectif aiguillonne les inflexions de la pensée et de la phrase, mêlant des alluvions du Charolais et du Morvan d’où étaient originaires une partie de ma famille à un parler montcellien.
Quand, avec ma mère, nous parlions de son cousin, jamais nous ne le nommions Claude. C’était le Glaude, prononciation rendue célèbre par le film «  La Soupe aux choux  » qui se déroule dans le Bourbonnais, pas si lointain.
Aujourd’hui encore, il m’arrive souvent de dire « être en feuille » pour « être en arrêt maladie », expression d’abord employée par les mineurs mais dont l’usage s’était répandu. Alors, il ne me viendrai jamais sur la langue de dire \fœj\, c’est toujours \føj\ qui germe.


De mes études universitaires, je ne me rappelle pas les leçons qui décryptaient les nuances et les glissements de prononciation et de sens de ce parler par rapport au français dit standard. Mais, je me souviens que cet accent, celui qu’enfants nous appelions chapeau et qui justement n’en porte pas, était comme la cicatrice dans l'écriture d’un s qui s'était abîmé en chemin. Je n’aime pas que la réforme de l’orthographe roule la langue en la dépossédant de ses accents et des traces de son histoire. Mais cela n’est sans doute que tempeste dans un verre d’eau.
Il y a également l'accent sur la deuxième partie mon prénom, Noëlle, dont j’ai dû demander à la professeure de dactylo comment le réaliser afin de l’écrire sur la feuille de renseignements. C’était lors de la première leçon que j'aurai assurément oubliée sans cet embarras fondateur.


Je n’abandonnerai pas les accents, ils sont le sel de la langue, ils sont le sel sur ma langue !




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Ce texte a été publié pour la première fois sur « Promenades en Ailleurs », le blog de Marie-Christine Grimard, dans le cadre de La Ronde de septembre 2017.






lundi 2 octobre 2017

Bourgogne rouge



Flot de vigne vierge,
l'automne descend du ciel
en torrents grenat.
Promesse de renouveau,
bouillonnement de la vie.




Soûles de l’été,
nourries de l’éclat des roses,
baies gorgées de sang.
Précieux présent rubis,
germe d'une vie nouvelle.










samedi 30 septembre 2017

Fuzzy Burgundy




En-dedans et dehors, Bourgogne floue et ample ;


Rêverie et espace, Bourgogne floue et claire ;


Carrefour des chemins, Bourgogne floue et dense ;


Arbres, bosquets et bois, Bourgogne floue et verte ;


Pylônes dans le ciel, Bourgogne floue et vive ;


Persister sur la voie, Bourgogne floue et proche.








lundi 25 septembre 2017

vendredi 15 septembre 2017

Accent(s) : Ronde de septembre avec Dominique Autrou




Aujourd'hui, la ronde, s’enroule et se déroule sur le thème « Accent(s) ».
Le principe, aussi simple que la danse enfantine : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite.
Pour ma première participation, j'ai le plaisir de recevoir Dominique Autrou, qui m’a invitée à rejoindre cette Ronde de septembre. Il est l’auteur du blog « La distance au personnage ».
Quant à Marie-Christine Grimard, elle accueille mon texte sur le sien : « Promenades en Ailleurs ».
Merci à tous les deux, à tous ceux qui font la ronde et à leurs lecteurs.

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Une attitude, un geste, le regard brusquement noyé d’un éclat de rire
Une langue dans laquelle je suis né, son accent immémorial
musical, l’accent tonique au rebond élastique

Une géographie linguistique, vraie langue autrefois
désormais folklorique, esthétisante ou revendicative
Pas morte, survivante
impuissante

Je n’ai pas souvenance de sa voix en particulier
de son accent, seulement
Plus précisément la hauteur des voyelles nasales
la cuisine en résonnait

Sur la toile cirée, une cafetière
Ouest-France, ouvert aux pages du feuilleton
des chroniques, du fait-divers et du carnet
Un verre de vin, les mots de la nuit
souvent prémonitoires

J’ai entendu, depuis
bien d’autres voix, d’autres accents
touché bien d’autres corps, d’autres cordes

En écoutant Palestrina, l’autre soir
j’ai retrouvé le son de sa voix
vierge, rembobiné
dans la bouche même d’un cornet à bouquin

(il est vrai qu’elle lisait beaucoup
à voix haute, à voix donnée)
Oh ! ce moment

Un trouble m’envahit
Essayai-je, indéfiniment
d’étreindre la même voix
ou de posséder, insensé
un accent définitivement tu ?

La sensation s’évapore
Pardon ! mes tendres aimées

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En ce 15 septembre de l’an de grâce 2017, entrent dans la ronde des « Accent(s)...

Dominique Hasselmann chez Élise : Même si
Élise chez Hélène Verdier : simultanées
Hélène chez Noël Bernard : talipo
Noël chez Dominique Autrou : ldap
Dominique A. chez Marie-Noëlle Bertrand : Éclectique et dilettante
Marie-Noëlle chez Marie-Christine Grimard : Promenades en Ailleurs
Marie-Christine chez Franck : à l'envi
Franck chez Jacques : jfrisch
Jacques chez Giovanni Merloni : le portrait inconscient
Giovanni chez Dominique H. : Métronomiques
etc.





dimanche 10 septembre 2017

mardi 29 août 2017

Ah, vous aussi vous connaissez La Saucisse...





Ah, vous aussi vous connaissez La Saucisse... l’connaître, c'est un bien grand mot, depuis pas loin de trente ans qu'il descend et remonte chaque jour le chemin qui descend aux prés d’la rivière, j'ai à peine entendu le son d’sa voix... juste un bonjour de temps à autre et puis ses cris qui m'ont alerté le jour où il a été coursé par la vache grise... c'est moi qui l'ai trouvé mort dans l'fossé dans l'virage y'a trois jours en emmenant les vaches dans l'pré du bas... moi, je l'ai connu à la Communale, on l'app'lait pas encore La Saucisse... j'sais pas comment ça lui est v'nu "La Saucisse", il était pourtant pas grand... son nom, c'était Henri Descours et d'ailleurs c'est aux Cours qu'il habitait avec sa mère qu'était veuve de guerre... on savait pas d'où ils venaient mais ils s'étaient retrouvés là tous les deux, seuls pour ainsi dire... son instituteur qu'était aussi le directeur d'l'école disait qu'il avait des capacités; il l'a poussé jusqu'au certificat d'études... les études il est allé les continuer dans une  grande ville, laquelle ? j'en sais rien... à une époque j'ai entendu dire qu'il était dev'nu avocat... à c't'époque-là on l'a plus revu ni aux Cours ni dans la région... il est réapparu quand sa mère est morte... on l'a retrouvée pendue dans la remise... c'est là que tout a commencé... commencé, c'est une façon de parler, ça a plutôt été le début de la fin... il est rev'nu pour l'enterrement... il s'est tenu seul sans une larme au bord de la tombe fraîchement recouverte de la lourde terre du cimetière... il est rentré à la maison des Cours et y a mis le feu dans l’soir tombant... on l'a retrouvé hagard dans Chez l’Écuyer... depuis on ne l'a plus entendu prononcer le moindre mot si ce n'est pour acheter son paquet de gris chez la Stefka et parfois y commander une chopine de rouge... le pauv'vieux, on le verra plus su'l'chemin, la clope au bec et la chopine dans la poche... il est parti avec ses secrets...

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Ce texte a été écrit dans le cadre du cycle d'ateliers d'écriture de l'été 2016 : « Personnages 4 | avec Nathalie Sarraute et le fameux Bréhier » proposé par François Bon, sur le Tiers-Livre.